Episode 3 – promenade et outils, que dit la science ?


Que dit la science ?

Influence de la laisse

  • Même si elle obligatoire, elle n’est pas du tout naturelle pour le chien.
  • Des chercheurs ont mené 2 études sur la fréquence de contacts avec des personnes/chiens et avec l’environnement (= reniflage et besoins naturels – pipi caca) pendant une promenade.
    • Le principal résultat qu’on peut retenir de cette étude est que les interactions entre chiens étaient plus courtes en laisse. Aussi, de façon générale, les chiens interagissent peu entre eux mais également avec les humains non familiers. Et enfin, ils ont noté qu’il y avait plus de comportements de reniflage chez les malinois que les autres races.
    • le trajet était en moyenne plus long sans laisse qu’en laisse. Au niveau des interactions entre chiens, celles-ci étaient de moitié plus courtes en laisse que sans laisse. Aussi, une interaction était près de quatre fois plus susceptible de se produire avec un chien sans laisse qu’avec un chien en laisse.
  • étude sur les effets de la longueur de la laisse de Cristina et Aurélien Budzinski de la Dog Field Study : comparaison du rythme cardiaque de chiens promenés pendant 5 minutes avec une laisse d’1,5 mètres, de 5 mètres ou en libre. Ils ont donc observé 61 chiens dont la moitié était des gros chiens. Les résultats montrent qu’il y a plus de reniflage de leur environnement en laisse longue qu’en laisse courte (2,5 fois plus!), et encore plus sans laisse ! Ils vont encore plus loin en montrant que le reniflage abaisse le rythme cardiaque et donc a un effet apaisant ! Aussi, le fait de se secouer correspond à une phase haute dans le rythme cardiaque et permet de l’abaisser.

Quels outils utiliser ?

Je vous renvoie à l’épisode 1 dans lequel j’évoque les conséquences des méthodes aversives, n’hésitez pas à l’écouter car ce qu’on a évoqué dans cet épisode peut être de fait appliqué à l’utilisation d’outils coercitifs puisque leur utilisation se base sur les mêmes principes. La punition positive qui a pour objectif d’arrêter un comportement par un stimulus non plaisant. Et le renforcement négatif dans le cas où le choc est maintenu jusqu’à ce que le comportement désiré apparaisse. Pour que ça soit « efficace », le chien doit percevoir une douleur.

Conséquences du collier électrique

  • Il y a 3 types de colliers électriques : les colliers anti-aboiement qui fonctionnent automatiquement en réponse aux aboiements du chien, en fait, les vibrations produites par le larynx sont détectées par un capteur sur le collier et le chien reçoit un choc. Les barrières électroniques qui sont activées par un signal radio transmis à distance par un fil de fer, enfoui sous terre sur le périmètre de la propriété. Et les colliers télécommandés qui peuvent être activés manuellement via un émetteur.
  • Le collier électrique est interdit dans de nombreux pays : Autriche, Allemagne, Danemark, Norvège, Slovénie, Suède, Suisse, Québec, Pays de Galles et Ecosse (Todd, 2018).
  • La France est vraiment à la ramasse (comme souvent) puisque, en 2017, l’European Society of Veterinary Clinical Ethology (ESCVE) a évoqué l’urgence que tous les pays européens prennent position face aux outils électroniques visant l’éducation des chiens (collier électrique avec commande manuelle, barrières électriques et collier anti-aboiements).
  • Il y a une recherche très explicite de Schilder & van der Borg (2004), qui ont mené une étude sur des bergers allemands à l’entrainement pour être des chiens de brigade cynophile qui portaient des colliers électriques.
    • Ils ont trouvé une forte répercussion comportementale avec des comportement d’anxiété/stress/douleur (abaissement de la posture du corps, cris aigus, aboiements et hurlements, évitement, agressivité par réorientation, battement de langue).
    • La plupart de ces réactions comportementales ne duraient que quelques secondes mais, pendant la promenade ainsi que dans leurs exercices professionnels et d’obéissance, les chiens ayant eu des chocs électriques montraient une posture des oreilles plus basse ainsi que plus de comportements de stress que les chiens n’ayant pas reçu une éducation avec des colliers électriques.
  • Comme toute méthode coercitive, on a des corrélations avec des moins bons résultats d’obéissance chez les chiens de travail par rapport à une méthode en positif avec une perturbation des capacités d’apprentissage, des signes de peur ou de stress, les phobies ou l’impuissance acquise.
  • Certains propriétaires sont attirés par l’idée que ces colliers peuvent être moins chers que d’engager un programme long et coûteux avec des comportementalistes, des formateurs et/ou des spécialistes vétérinaires du comportement. Cependant, le prix peut être plus élevé que prévu car le bien-être des chiens et la relation avec le propriétaire peuvent être compromis.
  • Overall (2007) commence son édito par une question très intéressante sur pourquoi on utilise ce type d’outils : pour stopper un comportement, pour immobiliser le chien. Ce qui est intéressant puisque l’immobilité est un critère de l’impuissance acquise. Je la rejoins totalement lorsqu’elle dit qu’on ne peut valoriser l’efficacité d’un outil si cela va à l’encontre du bien-être animal et on ne peut donc absolument pas parler d’amélioration du comportement.
  • Aussi, elle questionne le fait de vouloir stopper un comportement qui n’est pas approprié pour les humains, comportement qu’on ne cherche pas à comprendre ET surtout de ne pas s’inquiéter du fait que le chien n’émette plus ce comportement. CE N’EST PAS DE L’OBEISSANCE. En outre, son article est super intéressant car elle rappelle les conséquences à long terme d’utiliser des outils pareils avec des changements dans le cerveau et donc une gravure sur le long terme : Une séquelle logique d’un stimulus stressant et douloureux peut donc être la peur, l’évitement ou l’agression.

Conséquences du collier étrangleur

  • Il y a moins d’études sur le collier étrangleur et torquatus mais globalement on peut appliquer les mêmes résultats au niveau des conséquences sur l’éducation, le bien-être du chien et notre relation avec lui.
  • mémoire d’une ostéopathe en 2007 : conséquences  sur les vertèbres cervicales, sur le système nerveux sympathique (qui entraine des anomalies au niveau de la pupille, de la troisième paupière et paupière supérieur ainsi que du tonus du globe oculaire), des foulures du cou, des lésions de l’œsophage et de la trachée et de l’ataxie des membres postérieurs, une affection des disques amortisseurs entre les vertèbres, une malformation de certaines vertèbres, des évanouissement, paralysie des membres antérieurs ou paralysie bilatérale ou unilatérale.
  • Ça fait beaucoup non ? S’il vous en faut encore, il y a une étude de cas de d’un berger allemand de 1 an qui a été maintenu au-dessus du sol avec un collier étrangleur, méthode assez commune de certains éducateurs. Je vous lis le résumé de l’étude, accrochez-vous. « Au début, le chien se comportait normalement, mais il est devenu de plus en plus ataxique (trouble de l’équilibre et de la coordination des mouvements), s’est mis à tourner à gauche et a montré un niveau de conscience réduit. L’examen neurologique a révélé une désorientation sévère, un pleurothotonus latéral gauche (Le syndrome de la tour de Pise (ou pleurothotonus) est une dystonie acquise, permanente et potentiellement réversible du tronc). Les résultats neurologiques correspondaient à une lésion cérébrale multifocale. Une imagerie par résonance magnétique a été effectuée et a montré des changements dans les images pondérées en T2 et en diffusion, ce qui correspond à un grave oedème cérébral résultant d’une ischémie. En raison de la gravité des caractéristiques cliniques, le chien a été euthanasié par la suite. À la connaissance de l’auteur, c’est la première fois qu’une ischémie cérébrale grave est signalée après une strangulation chez un chien. » Voilà voilà

Harnais en H vs Y

  • Concernant la comparaison harnais/collier plat, une seule étude s’y est intéressée, en comparant les effets du collier et harnais sur les réactions comportementales des chiens. Les résultats ne montrent pas de différences comportementales sur les chiens selon le type d’outil. MAIS ceux qui avaient l’habitude d’être promenés au collier ont montré un port des oreilles plus bas, ce qui peut suggérer un stress mais nécessite d’autres études. En outre, il faudrait plus d’indications sur le type de laisse, est-ce que le chien tire etc. Parce qu’évidemment, si le chien ne tire pas et peut renifler son environnement tranquillement, le collier n’a pas vraiment de conséquences. Par contre, s’il s’épuise et s’étrangle et ne peut rien renifler, là ça deviendrait problématique surement.
  • Les harnais sont souvent utilisés comme alternative au collier et sont considérés par beaucoup comme l’option la plus sûre car ils ne touchent pas la trachée des chiens qui tirent. Il y a plusieurs types de harnais. Ceux avec une barre devant style julius, ceux en Y qui ne prennent pas les épaules, ceux avec attache sur le dos et/ou sur le devant. On parle d’ailleurs de harnais non restrictif pour ceux en Y et restrictif pour ceux avec une bande sur le torse en référence à l’amplitude de mouvement du membre antérieur. Je vous invite donc à regarder les images où on voit clairement comment les harnais avec une barre peuvent bloquer les épaules et altérer la position des membres antérieurs. Plus spécifiquement sur les impacts des différents types de harnais je n’ai trouvé que 2 études.  La première est une étude qui date de 2019 où les chercheurs se sont intéressés à la comparaison des harnais restrictifs vs non restrictifs sur 9 chiens. Les auteurs ont fait l’hypothèse que les deux harnais diminuaient l’extension des épaules, avec des harnais restrictifs limitant de manière plus significative l’extension des épaules et avec des harnais non restrictifs limitant l’extension à un étendue. Les résultats montrent qu’il y a une meilleure extension des épaules sans harnais qu’avec, évidemment. Aussi, les harnais non restrictifs semblaient plus restreindre les épaules que les harnais restrictifs. Cela amène donc à des questionnements et nécessite plus d’études. Une recherche a étudié les effets de 4 types de harnais sur la marche et ont trouvé que le harnais restrictif a significativement diminué la longueur des pas et la pression du pied des membres antérieurs. Ils ont émis l’hypothèse que la réduction de la longueur des pas peut être sûr à la réduction de l’extension de l’épaule.

Conclusion

  • Plusieurs facteurs qui peuvent influencer le fait de promener son chien mais tous les chiens ont besoin d’être promenés (sauf cas exceptionnels) pour répondre à leurs besoins, ça fait donc partie de leur bien-être.
  • On a vu que la laisse est un outil qui peut être restrictif sur les interactions et le temps de reniflage et peut donc impacter les besoins du chiens. Cependant, avec une longe on peut avoir des effets proches de ceux en libre.
  • Les colliers électriques et étrangleurs se basent sur la punition positive et peuvent avoir des impacts négatifs au niveau physiologique, psychologique, sur l’apprentissage et le développement de problèmes comportementaux. Les utiliser va à l’encontre du bien-être du chien et l’argument de l’efficacité ne marche pas face à l’utilisation du renforcement positif.
  • Concernant les harnais, on a peu d’études dessus mais en termes de confort on a moins d’impacts sur la trachée et tous les aspects physios évoqués. La question des effets des harnais en H ou en Y nécessite plus de recherches sur la restriction des épaules. Un collier plat pour un chien qui ne tire pas serait donc le plus respectueux de sa physiologie mais, pour ma part, je trouve que le harnais permet d’être sûr de ne pas impacter le cou du chien.

 

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