Peut-on dire qu’un chien qui a un collier étrangleur est heureux?

Evolution

  • L’étude du bien-être animal en tant que discipline scientifique est plutôt récente puisqu’elle a émergé au cours des 40 dernières années.
  • on a peu de progrès spécifiquement sur le bien-être des chiens de compagnie et les assos qui se lancent sur le sujet peuvent être mises à mal. On a par exemple l’association one voice qui s’était immergée dans des centres d’éducation en coercitif et s’est retrouvée avec des plaintes d’éduc révoltés qu’on montre la vérité de leurs pratiques.
  • Au niveau de la loi, on a eu quelques avancées avec le fait que l’Assemblée nationale ait adopté le 28 janvier 2015 un projet de loi reconnaissant aux animaux le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité », alors qu’avant on parlait de biens meubles (Article 515-14 du code civil). En soi, on parle toujours des animaux comme d’une propriété : propriétaires de chiens donc bon.

Définition

  • Concernant la définition du bien-être, on en a beaucoup, donc pour cet épisode on gardera la dernière définition du bien-être animal présentée dans le rapport de l’INRA (Mormede et al., 2018) car elle regroupe plusieurs notions cruciales du bien-être animal : « Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal ».
  • Quand on parle de bien-être animal il est important de considérer le système dans lequel l’animal évolue et la façon dont cet individu en particulier le perçoit.
  • Quand on parle de bien-être, on parle souvent de stress. En fait, le stress provient de l’évaluation de l’issue d’une situation par l’animal humain ou non humain, et le bien-être est l’état résultant de cette évaluation (Veissier & Boissy, 2007). Donc on a stimuli -> potentiellement stress -> potentiellement affectation du bien-être. Le bien-être d’un individu est lié à ses capacités à gérer le stress imposé par son environnement.
  • Selon Broom (1986), on a deux indicateurs de mauvais bien-être : (1) l’individu a échoué pour s’adapter à l’environnement, (2) l’effort mobilisé pour s’adapter est trop important. Prendre en compte le contexte dans lequel se trouve l’animal est donc nécessaire car il va également influencer la façon dont l’animal va exprimer son stress ; donc son comportement. Donc là encore il est question de contexte et d’individu.

Mesure du bien-être animal

Il est admis que le bien-être animal est évalué sur une échelle de très pauvre à très bon. Mais cette évaluation, comme vous l’aurez compris, doit représenter la perspective de l’animal, de cet individu en particulier. La place des sciences telles que l’éthologie est donc indispensable pour identifier des indicateurs fiables de bien-être animal, mais leur efficacité en tant qu’outils pour améliorer le bien-être des animaux dépendra de la manière dont les humains interagissent avec les animaux au quotidien (Wemelsfelder & Mullan, 2014).

[si vous ne savez pas encore ce qu’est l’éthologie : https://comportementcanin.blog/2021/09/09/episode-11-ethologie-et-education/]

Quand on parle de bien-être, on parle souvent des 5 libertés. Elles qui ont été énoncées par le rapport Brambell (1965) puis reprises par le Farm Animal Welfare Council en 1967 (Destrez et al., 2014). Elles sont une base inconditionnelle lorsqu’on évoque le bien-être animal et ont été reprises par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Ces définitions sont mobilisées pour identifier des critères de bien-être animal et soulignent la nécessité d’adopter une observation plurifocale du bien-être animal en s’intéressant aux conditions de vie de l’animal mais aussi à la façon dont celui-ci perçoit son environnement. Elles mettent également en avant la multidimensionnalité du bien-être animal en donnant les principales conditions requises pour le bien-être (Mormede et al., 2018). Les voici :

  1. Ne pas souffrir de la faim ou de la soif – par un accès facile à de l’eau et à un régime alimentaire pour maintenir la santé et la vigueur
  2. Ne pas souffrir d’inconfort – avec un environnement approprié comportant des abris et une aire de repos confortable.
  3. Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies – prévention ou diagnostic rapide et traitement.
  4. Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce – espace suffisant, environnement approprié aux besoins des animaux et contact avec d’autres congénères.
  5. Ne pas éprouver de peur ou de détresse – conditions d’élevage et pratiques n’induisant pas de souffrances psychologiques. (FAWC, 2009)

Je me suis amusée entre guillemets à souligner les problèmes de bien-être qu’on voit régulièrement en parlant des chiens de compagnie :

  1. – donner une nourriture non adaptée à ses besoins et à sa faim, enlever l’eau à son chiot la nuit pour qu’il soit propre.
  2. – laisser son chien dormir dans le froid alors que son poil ne le permet pas et/ou qu’il n’y a pas été habitué, proposer un couchage non adapté/non apprécié / espaces de choix
  3. – ne pas emmener son chien chez le vétérinaire lorsqu’il en a besoin. Et du coup ici on parle de douleur, donc utiliser un outil douloureux dans l’éducation, frapper son chien etc. / tolérance à la douleur et véto
  4. – promener son chien, lui permettre des sorties régulières et à son rythme (typiquement ne pas lui mettre de pression pour qu’il fasse rapidement ses besoins), lui permettre de rencontrer ses congénères s’il le souhaite. Bref, répondre aux besoins physiques, sociaux et cognitifs. Et je vous amène aussi à réfléchir sur les besoins des races, même si on a toujours un individualité, vous avez plus de chance de devoir faire des longues balades sans trop de stimulation et en misant à font sur les dépenses cognitives avec du berger qu’avec du molosse. On m’a parlé du lavage des chiots
  5. – Celui-là c’est le plus compliqué car la peur et la détresse sont des états complexes. Donc globalement votre chien ne doit pas ressentir de peur ou de stress intense, donc si vous utilisez un rapport de dominance et/ou une méthode qui utilise la peur ou la douleur pour faire obéir votre chien, on n’est pas bon en termes de bien-être. Je vous renvoie à l’épisode 1 où j’ai parlé des conséquences des méthodes coercitives sur le bien-être des chiens (https://comportementcanin.blog/2021/01/07/episode-2-methodes-deducation/ )

Ça rejoint d’ailleurs les annexes de l’arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques signé le 07-07-2016 : « CHAPITRE VI Dispositions spécifiques à l’éducation, au dressage et à la présentation au public L’exercice des activités d’éducation, de dressage ou de présentation au public dans des conditions et avec méthodes ou accessoires pouvant occasionner des blessures, des souffrances, du stress ou de la peur est interdit. Il doit être tenu compte de l’âge, de la volonté à agir, du sexe, et du niveau et des capacités d’apprentissage des animaux. »

C’est important de préciser qu’on ne mesure pas le bien-être que à l’aide d’indicateur d’émotions négatives (cf stress), on mesure également les comportements liés à des émotions positives. Quand on mesure le bien-être on ne regarde pas qu’un seul indicateur, le but est d’avoir une vision globale.

MAIS je vois déjà certains me dire « ok du coup moi mon chien a un collier étrangleur et dans sa perception à lui ça va ». Là je répondrais simplement que si comportements de stress il y a, si conséquences sur le long terme il y a, ça ne marche pas. Et clairement les chiens qui acceptent d’être éduqué par la peur et la douleur sont tout bonnement extrêmement résilients ou en impuissance acquise, en tout cas ils ont capté qu’ils n’ont pas le choix. D’ailleurs je tiens à dire qu’un chien en mal-être total peut continuer à « aimer » son humain, regardez les chiens de combat… Tant qu’on n’offre pas mieux aux chiens ils s’en contentent, et c’est bien triste, du coup essayez vraiment de faire au mieux pour vos chiens et leur bien-être.

Conclusion

Cet épisode visait à reprendre les bases théoriques sur le bien-être animal pour vous donner quelques pistes. Encore une fois on n’est pas sur un cours mais ça vous donne quelques bases scientifiques. Ce qu’il faut retenir c’est que le bien-être c’est global et qu’il faut que l’environnement soit adapté, que l’animal puisse avoir ses besoins comblés et éviter d’avoir des comportements pouvant amener à de la peur ou du stress. Encore et toujours, on parle d’individu et de contexte, il est nécessaire d’apprendre à observer son chien : qu’est-ce qu’il aime, qu’est-ce qu’il n’aime pas et s’adapter. Et pour vous : qu’est-ce que je fais bien et qu’est-ce que je peux mieux faire ?

Références

La fameuse loi sur les méthodes d’éducation : file:///C:/Users/alice/Downloads/Annexes%20AM%2003042014%20anx%20compagnie_modifi%C3%A9%20par%20AM07072016%20publication%20BO-agri.pdf

https://www.naturedechien.fr/le-blog/education-comportement/colliers-de-dressage-utilisation-illegale/

article de One Voice : https://one-voice.fr/fr/blog/one-voice-au-tribunal-pour-combattre-la-violence-subie-par-des-chiens-dans-des-clubs-et-defendre-sa-liberte-dexpression.html + https://one-voice.fr/fr/blog/nous-avons-gagne-pour-les-chiens-victimes-de-maltraitances-dans-les-clubs.html?fbclid=IwAR10uxab62p2cqV_HCIy3v1Kj4Akzdu4SMZ25YBWK5UowPN7dl1fjIwIQCY

Rapport de l’INRA : https://hal.inrae.fr/hal-02628309/document

Episodes liés :

Episode 1 – méthodes d’éducation

Episode 11 – éthologie et éducation

Episode 3 – promenade et outils, que dit la science ?

Episode 6 – signaux d’apaisement version pratique !

Articles scientifiques :

Brambell, F. W. R. (1965). Report of the Technical Committee to Enquire into the Welfare of Animals kept under Intensive Livestock Husbandry Systems, Cmd. 2386. H.M. Stationery Office. http://docplayer.net/1260087-Technical-committee-to-enquire-into-the-welfare-of-animals-kept-under.html

Broom, D. M. (1986). Indicators of poor welfare. British Veterinary Journal, 142(6), 524‑526. https://doi.org/10.1016/0007-1935(86)90109-0

Clegg, I. L. K., Van Elk, C. E., & Delfour, F. (2017). Applying welfare science to bottlenose dolphins (Tursiops truncatus). Anim. Welf, 26, 165‑176.

FAWC, F. A. W. C. (2009). Report on Farm Animal Welfare in Great Britain : Past, Present and Future, Department for Environment. London: Food & Rural Affairs.

Mormede, P., Boisseau-Sowinski, L., Chiron, J., Diederich, C., Eddison, J., Guichet, J.-L., Le Neindre, P., & Meunier-Salaün, M.-C. (2018). Bien-être animal : Contexte, définition, évaluation. INRA Productions Animales, 31(2), 145‑162. https://doi.org/10.20870/productions-animales.2018.31.2.2299

Veissier, I., & Boissy, A. (2007). Stress and welfare : Two complementary concepts that are intrinsically related to the animal’s point of view. Physiology & Behavior, 92(3), 429‑433. https://doi.org/10.1016/j.physbeh.2006.11.008

Wemelsfelder, F., & Mullan, S. (2014). Applying ethological and health indicators to practical animal welfare assessment : -EN- Applying ethological and health indicators to practical animal welfare assessment -FR- L’utilisation d’indicateurs éthologiques et sanitaires pour l’évaluation concrète du bien-être animal -ES- Aplicación de indicadores etológicos y sanitarios a la evaluación práctica del bienestar animal. Revue Scientifique et Technique de l’OIE, 33(1), 111‑120. https://doi.org/10.20506/rst.33.1.2259


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